L’art au service de la rencontre avec soi : comment la créativité donne naissance à ce qui vit en nous!
Voici le dernier billet de ce triptyque, celui de l’art et du potentiel qu’il recèle au cœur de l’humain.
Comme je l’ai évoqué dans ma présentation, l’art occupe une place essentielle dans mon accompagnement. En étant moi-même pratiquante, j’en perçois de manière vivante les effets.
Notre monde intérieur est constitué de pensées, de ressentis, d’émotions, de perceptions. Tout cela foisonne en nous, parfois de manière désordonnée, et il devient difficile d’y voir clair.
Il arrive que ce mouvement nous bouscule, nous échappe, et nous donne le sentiment d’être débordé.
Tant que cela ne vient pas entraver notre quotidien, nous composons avec. Mais lorsque cela devient trop présent, quelque chose en nous pousse à regarder plus précisément ce qui se passe à l’intérieur.
Nous jetons alors un regard sur cette “forêt intérieure”. Mais très vite, ce regard se trouve dépassé par ce qui s’y joue.
Il devient alors plus simple de se tourner vers l’extérieur, d’oublier — ou de tenter d’oublier — ce désordre intérieur. Mais ce mouvement d’évitement ne tient jamais très longtemps.
Assez rapidement, des symptômes apparaissent, de manière plus ou moins envahissante. Ils nous ramènent, parfois malgré nous, vers cet espace intérieur que nous ne comprenons pas.
Les mots manquent. Le sens échappe. Nous avons le sentiment de subir ce qui nous traverse, sans pouvoir agir.
Dans ces moments-là, plusieurs voies sont possibles : passer par l’action, à travers des outils éducatifs, mettre des mots avec l’aide de la psychologie, ou entrer dans une forme d’expression qui ne passe pas uniquement par le langage.
C’est là que l’art trouve sa place.
L’art se situe à mi-chemin entre l’action et les mots. Il ouvre un espace qui n’est ni complètement intérieur, ni totalement extérieur.
Il permet d’explorer ce qui nous traverse, sans avoir à le comprendre immédiatement.
La création ne demande pas de savoir. Elle se construit dans un pas à pas, dans une rencontre avec la matière, dans un mouvement qui peu à peu prend forme.
Une image, une émotion, un ressenti peuvent émerger sans avoir été pensés au préalable. La pratique devient alors ce qui ne peut encore se dire.
Je pense à une patiente qui, lors de sa première séance, a façonné un objet en terre.
Si je lui avais demandé ce qu’elle souhaitait faire, elle m’aurait répondu qu’elle ne savait pas. Elle a simplement pris la matière et a commencé à modeler.
Une forme est apparue, puis une autre, jusqu’à ce que l’ensemble prenne sens.
Ce n’est qu’à la fin qu’elle a reconnu ce qu’elle avait créé : une fleur, un tournesol.
Tout au long du processus, elle ne savait pas ce qu’elle faisait. Elle avançait à l’aveugle, portée par le geste. Comme elle pouvait parfois le vivre dans son quotidien.
C’est dans cet espace que quelque chose peut se déposer. Faire sans savoir, sans maîtriser, en se laissant guider par la matière.
Puis, dans un second temps seulement, la parole peut venir. Ou parfois non. Il est parfois nécessaire de laisser l’objet exister en soi, sans chercher immédiatement à lui donner un sens.
À l’inverse, un autre patient était dans une grande maîtrise. Chaque geste devait être contrôlé, chaque forme réussie. L’angoisse de ne pas savoir faire l’envahissait. Rien ne devait dépasser.
Au fil des séances, la confrontation à la matière a permis de faire apparaître ce qui se jouait pour lui.
En travaillant, il parlait de son quotidien, de ses difficultés, de ce qui lui résistait. Peu à peu, des liens ont pu être faits entre ce qui se passait dans la création et ce qu’il vivait dans sa vie.
Ses objets ont évolué. Sa parole aussi.
La pratique artistique devient alors un espace de mise en forme. Un espace où l’on peut exprimer, transformer, détruire, recommencer, laisser inachevé.
L’objet accueille ce qui déborde. Il permet une confrontation sans que celle-ci soit trop déstabilisante.
Dans cet espace, je suis présente. J’accueille, j’accompagne, et lorsque le moment est juste, je peux proposer un mot, une interprétation, un lien.
La parole vient alors faire son œuvre : celle du sens et de l’extériorisation.
Créer, c’est aussi cela : donner forme à ce qui nous habite, pour que ce monde intérieur puisse devenir une source de compréhension et de transformation.
Il est important de préciser que la production artistique n’a rien à voir avec une exigence esthétique. Il ne s’agit pas de “réussir”.
Mais de laisser apparaître ce qui cherche à se dire, qu’il soit beau, informe, maladroit ou dérangeant.
L’art, comme la parole et comme l’action, est une manière d’entrer en relation avec soi.
Chacun de ces chemins ouvre une porte différente, mais toutes mènent au même endroit : là où quelque chose en nous cherche à prendre forme, à être vu, entendu, reconnu :
La psychologie donne un langage.
L’accompagnement éducatif offre un terrain d’expérience.
L’art donne un visage à l’indicible.
Aucune de ces dimensions ne suffit seule. Elles s’entrelacent, se soutiennent, se relaient.
Elles permettent au monde intérieur de se dire, de se mettre en mouvement, puis de se transformer.
Ce triptyque n’est pas un modèle théorique. C’est un espace vivant, qui se construit avec vous, à votre rythme.
Une manière d’habiter sa vie, pas à pas, geste après geste, mot après mot.
Ainsi se referme ce triptyque.
Mais le chemin, lui, s’ouvre à vous.